Une nouvelle édition de "Un Appel à l’Amour" a paru le 8 septembre 2004.
L’introduction en a été rédigée par le Père Dany Dideberg SJ.
Dany (Daniel) DIDEBERG. Né en 1935 à Xhoffrais (Belgique), il entre dans la Compagnie de Jésus en 1953. Licencié en philologie classique et en philosophie, il obtient un doctorat en théologie (Institut catholique, Paris). Il est ordonné prêtre en 1967. Professeur à l’Institut d’Etudes Théologiques (I.E.T., Bruxelles), il en a été Président. Directeur de la Nouvelle Revue Théologique (1983-1993). Provincial de la Province belge méridionale (1993-1999). Il est actuellement professeur à l’I.E.T. collaborateur des Editions Lessius (Bruxelles)
À l’aube du troisième millénaire, le Pape Jean-Paul II a affirmé, en clôturant l’Année sainte, au moment où se refermait la Porte sainte, que le Cœur de Jésus, un autre symbole du Christ, demeure toujours ouvert. Composante de la Passion du Christ, le Cœur ouvert dévoile la mystérieuse alliance entre Dieu et les hommes. Quand il s’agit du cœur, ouverture signifie hospitalité mais aussi vulnérabilité au refus et au rejet. En effet, la règle du cœur c’est la réciprocité, ce que les Pères de l’Église appelaient d’un mot redamare, c’est-à-dire « rendre amour pour amour ».
C’est du regard posé sur le Côté ouvert du Christ en croix (Jean 19,34) que naît et renaît, au-delà des controverses et même des dérives, la spiritualité du Cœur de Jésus. Celle-ci dépasse ce qui est appelé traditionnellement « dévotion au Sacré-Cœur » car elle ne se limite pas à des pratiques et à un culte, mais elle explore et découvre, d’âge en âge, les divers aspects de l’Acte du Christ rédempteur, mort et ressuscité pour toute l’humanité, qui est le centre de la Révélation chrétienne.
Comme l’a rappelé le Concile Vatican II, la Révélation divine est close avec la mort du dernier apôtre et son contenu est consigné dans l’Écriture Sainte. Mais celui-ci est explicité au cours des siècles par la Tradition vivante de l’Église. En ce qui concerne le Coeur de Jésus, certaines expériences mystiques, féminines surtout et leurs révélations particulières ont influencé de manière déterminante la liturgie et la théologie. Même authentifiées par l’Église, ces révélations privées n’ajoutent rien d’essentiel à la Révélation que Dieu a faite de lui-même par le Christ dans l’Esprit Saint et ne s’imposent pas à la foi de l’Église.
Dès le Moyen-Âge, des femmes consacrées ont marqué le développement de la spiritualité du Cœur de Jésus. Pour cette période, citons, par exemple, sainte Gertrude, moniale de l’abbaye cistercienne de Helfta en Saxe (1246-1302), sainte Catherine de Sienne, fille de saint Dominique (1347-1380). Leur piété est nourrie par l’adoration eucharistique et la méditation de la Passion du Seigneur. Rappelons seulement ici un célèbre dialogue entre Catherine de Sienne et le Crucifié.
"Doux Agneau immaculé, demanda la sainte, tu étais mort quand ton côté fut ouvert, pourquoi as-tu voulu que ton cœur fut frappé et brisé ?"
Alors le Christ lui répondit :
"J’avais plusieurs raisons, mais je vais te dire la principale. C’est que mon désir du genre humain était infini, alors que les tourments et les souffrances que j’endurais étaient finis. Aussi n’est-ce point avec ce qui était fini que je pouvais vous montrer tout l’amour que j’avais pour vous, puisque mon amour était infini. Je voulus donc, en vous montrant mon côté ouvert, que vous voyiez le secret du cœur, afin que vous voyiez que j’aimais beaucoup plus que je ne pouvais le montrer avec ma souffrance finie".
À l’époque moderne, il faut accorder une place spéciale à sainte Marguerite-Marie Alacoque (1647-1690), religieuse visitandine de Paray-le-Monial, qui fit connaître à une Église aux prises avec le jansénisme le Dieu qui a un Cœur et qui aime l’homme. Elle imprima à l’extension universelle du culte du Sacré-Cœur sa note spécifique, la réparation c’est-à-dire « le désir de rendre amour pour amour à l’amour rédempteur bafoué et méprisé (en particulier dans l’eucharistie) par ceux-là même qui auraient dû davantage l’aimer (c’est-à-dire les consacrés) ». Cette redamatio réparatrice et eucharistique comporte des pratiques bien connues : l’Heure sainte, chaque nuit du jeudi au vendredi, en mémoire de l’Agonie du Christ ; la communion réparatrice du premier vendredi du mois ; la fête annuelle du Sacré-Cœur, le premier vendredi après l’octave de la fête du Saint Sacrement.
Fortement liée au mystère de l’Agonie, entre l’institution de l’Eucharistie et la mort sur la Croix, la dévotion développée à Paray-le-Monial ne méconnaît pas pourtant la Résurrection du Christ : l’adoration eucharistique est l’expérience du Ressuscité toujours présent comme Celui qui établit une réciprocité d’amour ; de plus, la réparation accomplie par les fidèles contribue à la victoire du Christ mort et ressuscité sur le péché de l’humanité.
Ce Règne du Christ a été nommé au 19e siècle « Règne social du Sacré-Cœur », ordre social chrétien parfois confondu avec un régime politique déterminé. Cette manière de voir aboutira, à travers bien des vicissitudes, en 1899, à la consécration du genre humain au Sacré-Cœur par le Pape Léon XIII et, en 1925, à l’instauration, à la fin du cycle liturgique, de la fête du Christ-Roi par le Pape Pie XI. Pour éviter toute ambiguïté dans notre monde sécularisé qui affirme son autonomie et son indépendance vis-à-vis de la religion, la « civilisation de l’amour » est devenue la version nouvelle du « Règne social du Sacré-Cœur » prôné autre fois.
Aux noms déjà mentionnés, il faut ajouter aujourd’hui, celui de Sœur Faustine Kowalska (1905-1938) de la Congrégation Notre-Dame de la Miséricorde, canonisée en 2000 par le Pape Jean-Paul II qui s’inspira de son message dans l’encyclique Dives in misericordia de 1980. Son message est de proclamer dans le monde entier la Miséricorde de Dieu envers tout homme pour susciter en lui confiance en Dieu et miséricorde envers son prochain : " Je désire, guérir l’humanité endolorie en l’étreignant sur mon Cœur miséricordieux", dit le Seigneur.
Le culte de la « Miséricorde divine » promu par la religieuse polonaise comprend, outre son message, des pratiques nouvelles : un chapelet suppliant Dieu d’avoir pitié de l’Église et du monde, une Heure sainte, avec chemin de croix et Eucharistie, en souvenir de la Passion du Christ, la vénération de « l’Icône de Jésus miséricordieux », vêtu de blanc, avec deux faisceaux lumineux qui jaillissent de sa poitrine et qui représentent le sang et l’eau (Jean 19, 34), la célébration d’une fête aujourd’hui officiellement instituée, le premier dimanche après Pâques. Dans l’Évangile du jour (Jean 20, 19-23), le Christ ressuscité apporte l’annonce de la Miséricorde divine et en confie le ministère à ses apôtres. Mais, auparavant, il leur montre ses mains et son côté transpercés, c’est-à-dire les plaies de sa Passion, en particulier la blessure de son Cœur, source d’où jaillit sur l’humanité pécheresse le flot immense de la Miséricorde divine. Ainsi, avec sœur Faustine, le Cœur de Jésus révèle la victoire de Pâques : à la haine et au refus de l’homme répond l’amour et le pardon de Dieu sans mesure.
Bien qu’elle ne soit pas canonisée, ni béatifiée, sœur Josefa Menèndez (1890-1923), religieuse coadjutrice de la Société du Sacré-Cœur de Jésus, fondée en 1800 par sainte Madeleine-Sophie Barat (1779-1865), se situe dans cette lignée spirituelle. Son message fait écho aux révélations de sainte Marguerite-Marie et annonce celles de sainte Faustine. Comme la leur, sa vie a été totalement livrée au Seigneur et à son œuvre rédemptrice.
Avant de présenter l’essentiel du Message du Christ reçu par sœur Josefa, notre intention ici n’est pas de retracer sa biographie que le lecteur découvrira en détail au fil des pages de cet ouvrage mais d’esquisser seulement les traits marquants de sa personnalité et de son expérience mystique. Le titre de cette première partie évoque l’épouse du Cantique des Cantiques.
Très tôt, lors de sa première Communion qu’elle fait à 11 ans, Josefa entend l’appel du Seigneur et se donne à lui :
" Aujourd’hui, 19 mars 1901, je promets à Jésus devant le ciel et la terre prenant pour témoins ma Mère, la Vierge, Très Sainte, et mon Père et Avocat saint Joseph, de garder toujours la précieuse vertu de la virginité, n’ayant d’autre désir que de plaire à Jésus ni d’autre crainte que de Lui déplaire".
C’est après plusieurs délais imposés à son désir de la vie religieuse que Josefa quitte sa famille et l’Espagne pour entrer au noviciat de la Société du Sacré-Cœur en France, à Poitiers, le lendemain de ses 30 ans, le 5 février 1920. Jusqu’à son entrée en religion, elle a été guidée par le jésuite José Maria Rubio (1864-1929), célèbre apôtre de Madrid, canonisé en 2003. Le 16 juillet de cette même année 1920, elle prend l’habit et, deux ans plus tard, elle prononce ses vœux. Dans le couvent des Feuillants, elle vécut ses quatre années de vie religieuse dans l’effacement, la vie commune, le labeur quotidien qui la charge du nettoyage, de la couture, de l’entretien de la sacristie… Elle y meurt saintement, « abîmée dans la souffrance », à 33 ans, le 29 décembre 1923. Son passage sur la terre a été « comme celui de la colombe qui touche à peine le sol » ou comme celui de l’abeille qui a cherché sur la fleur l’aliment nécessaire.
Jusqu’au terme de sa vie, sœur Josefa est consciente de son néant, de sa petitesse et de sa faiblesse. Jésus est le « jardinier » qui cultive sa petite fleur. Le Christ lui répétera de manière différente :
"C’est parce que tu es si faible que J’ai fixé mes Yeux sur toi !"
"N’oublie pas que ta petitesse et ton rien sont l’aimant qui attire sur toi mon Regard".
"Ne te décourage pas, c’est dans ta fragilité que resplendit le mieux ma grande Miséricorde… " .
"L’unique désir de mon cœur est… de faire de ta faiblesse et de ta petitesse un canal de Miséricorde pour beaucoup d’âmes qui se sauveront par ce moyen".
Sœur Josefa a en horreur une voie extraordinaire qui aurait pu entraîner des illusions et le renvoi de la Congrégation qu’elle aimait tant. Pourtant, à l’exemple d’autres élues, le Christ l’appelle à se livrer de plus en plus totalement à lui, à souffrir et à « réparer » pour les pécheurs qui, grâce à elle, ne subiront pas le châtiment de leurs fautes mais seront sauvés de l’enfer.
Le 8 octobre 1920, le Christ conclut avec sœur Josefa « une alliance ». Il lui dit :
"Tu es mon Épouse. Je suis ton Époux".
Le 24 février 1921, le Christ lui dira clairement sa mission :
"Le monde ne connaît pas ma Miséricorde et je veux me servir de toi pour la faire connaître… Je te veux apôtre de ma Bonté et de ma Miséricorde. Je t’enseignerai ce que cela signifie, oublie-toi".
Avant de partager son œuvre rédemptrice, sœur Josefa vit une communion intime avec le Christ. Un soir, au début du mois de juin 1920, elle entre et « repose dans la blessure du Cœur de Jésus » pour la première fois. En réponse à son amour, elle veut l’aimer à la folie et s’unir à lui ; à la vue du péché du monde, elle s’offre pour « consoler » son Cœur blessé par l’ingratitude des pécheurs qui méconnaissent son amour et sa miséricorde.
Certains se demandent légitimement comment le Seigneur peut « être consolé » par son élue. À cette question, sœur Josefa reçut du Christ la réponse suivante, le jour de ses vœux, le 16 juillet 1922 :
"Toute consolation que tu me donnes aujourd’hui et que tu me donneras désormais,…mon Cœur l’a sentie de toute éternité. Il en est de même de la peine que me causent les âmes. Ma divinité ne peut souffrir, mon Humanité est glorieuse, mais pour Dieu tout est présent."
Ainsi , à l’heure de sa Passion, le Christ a pu non seulement endurer la souffrance que lui causent les pécheurs mais aussi recevoir la consolation que lui apportent les âmes fidèles.
Sœur Josefa le console par sa prière, sa souffrance et des petits actes d’amour :
"Rien n’est petit de ce qui est fait par amour, affirme le Christ. L’acte le plus minime, accompli par amour, acquiert tant de mérite et me donne tant de consolation…Quand je travaillais dans l’atelier de Nazareth, je donnais autant de gloire à mon Père que lorsque je prêchais au cours de ma vie publique."
Une fois, sœur Josefa pose autant d’actes d’amour que le corridor qu’elle balaye comporte de carreaux. Une autre fois, préparant le linge pour la lessive, elle demande au Christ de « lui sauver autant d’âmes qu’il y avait de mouchoirs à compter ».
Celui qui aime veut partager toute la vie de l’être aimé, même sa souffrance :
"L’âme qui aime désire souffrir. La souffrance accroît l’amour. L’amour et la souffrance unissent étroitement l’âme à son Dieu et la font une même chose avec Lui". À la souffrance, aux petits actes d’amour, il faut ajouter la prière qui est "la clé qui ouvre toutes les portes".
Sœur Josefa s’est interrogée sur son efficacité :
"La prière n’est jamais perdue, lui a répondu le Christ, car d’une part, elle me console de la douleur que me cause le péché, de l’autre, son efficacité et sa puissance servent, sinon à ce pécheur (pour lequel on prie), du moins à d’autres âmes mieux disposées à en recueillir le fruit".
Par dessus tout, le Christ insiste sur l’amour qui doit animer toute démarche réparatrice :
"Peu m’importent la misère et la faiblesse, ce que je demande à mes Âmes, c’est l’amour !".
"L’unique chose que Je veux, déclare-t-il, c’est l’amour : Amour docile qui se laisse conduire par l’action de Celui qu’il aime… Amour désintéressé qui ne cherche ni son plaisir, ni son intérêt propre, mais ceux du Bien-aimé. Amour zélé, ardent, dévorant qui franchit tous les obstacles que lui oppose l’égoïsme : voilà le véritable amour, celui qui arrache les âmes à l’abîme où elles se précipitent".
Depuis le 29 juin 1920, le Christ lui apparaît, le Cœur en flammes, le plus souvent pendant l’Heure sainte, et lui fait connaître ses desseins d’amour. Souvent, pour appeler les âmes, il étend les bras.
Plusieurs fois, le Christ lui montre ses plaies et sa couronne d’épines, et lui apprend à y voir l’œuvre de son amour :
"Regarde mes plaies… Sais-tu qui les a faites ? C’est l’Amour. Sais-tu qui M’a enfoncé cette couronne ?... C’est l’Amour. Sais-tu qui a ouvert mon cœur ?... C’est l’Amour".
De son Cœur ouvert, s’écoule tantôt un ruisseau de sang qui inonde le cœur de Josefa – c’est « la source de l’Amour » - tantôt un torrent d’eau qui est « le courant de l’Amour ».
"Mon Cœur, s’écrie Jésus, est un abîme d’Amour !".
"Josefa, contemple mon Cœur, étudie-Le et tu apprendras de Lui à aimer ".
Le Christ va jusqu’à arracher le cœur de Josefa pour le prendre, l’approcher du sien et lui rendre comme une flamme brûlante. La deuxième fois, il emporte son cœur en lui disant :
"La Flamme de mon Amour te tiendra lieu de cœur… ".
"La propriété du feu est de détruire et d’embraser".
Fréquemment, il renouvelle cette faveur. Souvent, sœur Josefa entend aussi les battements du Cœur de Jésus. Un vendredi, après avoir contemplé le Christ en croix, elle a pu écrire :
"Seigneur ! Vous voilà sur la croix. Vous allez mourir et votre Cœur va s’ouvrir pour moi. Cœur de mon Jésus, montrez-moi le passage et laissez-moi entrer jusqu’au fond… Ma demeure, c’est son Cœur. Là, je resterai cachée ; là, je travaillerai, je souffrirai, …".
Étroitement unie au Crucifié, sœur Josefa est associée aussi à son sacrifice sur la Croix et à sa Passion rédemptrice.
"Je veux que tu sois mon Cyrénéen, tu m’aideras à porter la croix".dit le Christ.
"Je te ferai participer à l’amertume de mon Cœur et tu souffriras d’une manière spéciale les tourments de ma Passion".
Le Christ pose sa croix sur ses épaules ; il entoure son front de sa couronne d’épines ; il lui fait sentir dans son cœur la blessure de son Côté ; il lui fait endurer dans ses mains et dans ses pieds la douleur des clous ; il l’unit intimement aux souffrances de son Cœur. Elle recevra même sur le bandeau qui couvre son front trois gouttes du sang du Christ. Identifiée au Crucifié, elle accepte de souffrir ainsi pour participer à son œuvre rédemptrice.
"Regarde mes plaies !... Prends ma Croix, mes Clous, ma Couronne, clame le Christ. Moi j’irai chercher des âmes".
"Je cours à la poursuite des pécheurs comme la justice à celle des criminels. Mais la justice les cherche pour les châtier et, Moi, pour leur pardonner".
Offerte pour sauver les pécheurs, sœur Josefa subira des épreuves de toutes sortes mais aussi, comme bien d’autres, les tromperies et les attaques diaboliques que Dieu a permises sous des formes diverses : coups et violences, brûlures, visions du démon sous l’aspect d’un chien hideux, d’un serpent, et même sous la figure du Seigneur, voix infernales, enlèvements et nombreuses descentes en enfer. Elle connaîtra aussi les peines du purgatoire. Ces tourments, sœur Josefa les a endurés avec une force héroïque, sans négliger son travail ordinaire ni la vie commune. Ceux qui doutent aujourd’hui de l’existence du démon, de l’enfer ou du purgatoire seront heurtés par ce témoignage même s’il n’est donné dans cet ouvrage que partiellement et avec discrétion. Ce témoignage est authentifié par ses Supérieures, en particulier la Mère Marie-Thérèse de Lescure, et son directeur spirituel, le dominicain Philippe Boyer.
Souvent, le Christ lui fait part du succès de ses « entreprises apostoliques », fruit de sa prière et de sa souffrance réparatrice : mystérieuse « communion des saints » où l’amour des uns obtient de la Miséricorde divine la conversion des autres.
"Souffre et aime, car nous avons à conquérir les âmes", affirme le Christ.
Lorsqu’elle porte le poids de la Croix, elle est en même temps au comble du bonheur. Sans doute, vit-elle là le bonheur de participer à l’œuvre rédemptrice du Christ.
Dans sa vocation particulière, sœur Josefa a bénéficié de l’assistance et de la protection du Ciel. Souvent présente aux moments de détresse, la Vierge Marie intercède pour elle et la guide ; elle la rassure et la soutient comme une mère, avec force et tendresse.
Quelques jours après ses vœux, elle lui a dit :
"Sois en paix, ma fille. Ne te réserve rien et ne t’occupe que du moment présent.
Jésus te conduira, toi et tes Supérieures. Ne te sépare jamais d’elles, reste soumise à la volonté de mon Fils, surtout aux heures difficiles".
De même plusieurs fois, sainte Madeleine Sophie Barat est venue l’encourager à l’humilité et à l’abandon, surtout la dernière année de sa vie :
"Ma fille, vis de paix et de confiance. Sois bien humble et abandonne-toi à ce Cœur qui est tout Amour !".
Quelquefois enfin, saint Jean, le disciple bien-aimé, l’a visitée tantôt avec la couronne d’épines, tantôt avec la croix. Une fois, il lui confie :
"Je viens ranimer en toi le feu qui doit te consumer d’amour pour ce divin Cœur".
Le mot « victime » choque aujourd’hui. Etre « victime », n’est-ce pas ne rien refuser à celui qu’on aime ?
Aujourd’hui, cette « spiritualité victimale » est fort discréditée sous prétexte d’un vain dolorisme mais elle a cependant marqué l’Église contemporaine et suscité de nombreux engagements apostoliques. Elle procède d’une double conviction : la rédemption opérée par le Christ est réalisée une fois pour toutes dans le mystère pascal mais certaines personnes choisies par le Seigneur peuvent, en « réparant » pour d’autres, achever son œuvre rédemptrice (Col., 1, 24) et « consoler » le Cœur de Jésus bafoué et méprisé.
Sœur Josefa est une « victime » qui a été choisie par le Christ :
"De même que je m’ immole en victime d’Amour, lui dit-il, dès le 29 juin 1920, de même je veux que tu sois victime : tu sais déjà que l’amour ne refuse rien".
"La plus grande récompense que Je puisse donner à une âme, poursuit-il le lendemain, c’est de la faire victime de mon Amour et de ma Miséricorde, en la rendant semblable à Moi qui suis la Victime divine pour les pécheurs".
Rappelons ce dialogue entre le Christ et la religieuse :
"Acceptes-tu volontiers de porter le poids d’autres âmes ?
Comment n’accepterais-je pas, répond Josefa, si elles arrivent ainsi à vous aimer.
Alors, conclut Jésus, souffre et aime ; n’oublie pas que tu seras la victime de mon amour, mais aime avec allégresse en tout et toujours".
Et, même si quelquefois sous l’influence de ses répugnances, elle n’a pas répondu sur-le-champ à l’appel du Christ, elle s’est offerte librement et généreusement à lui pour le salut des pécheurs :
"Je te donne à choisir entre la vie simple que tu désires, que tu m’as demandée et celle que je te prépare selon ma volonté… tu me plairas des deux façons et maintenant tu peux choisir mais tu me donneras plus de gloire au chemin que je te prépare".
De plus en plus, elle s’abandonne entre ses mains pour être son instrument souple et docile et accomplir ses desseins, « sans regarder ni le lieu, ni l’occupation, ni l’heure » .
"Je n’ai pas besoin de tes forces mais de ton abandon". lui déclare le Christ.
Cet abandon lui a demandé la séparation de sa famille, de sa patrie, de la communauté des Feuillants lorsqu’elle sera transférée quelque temps, en mai 1923, à Marmoutier ou en voyage à Rome, à la Maison Mère, en octobre de la même année. Elle a fait l’apprentissage d’une confiance totale dans le Cœur de Jésus, d’une obéissance humble et fidèle vis-à-vis de ses Supérieures et d’un renoncement entier à elle-même, à ses peurs et à ses craintes.
"L’amour, lui dira un jour le Christ, te dépouillera de toi-même et ne te laissera penser qu’à ma gloire et aux âmes".
Comment ne pas achever cette esquisse du portrait de Josefa et de sa vie mystique sans évoquer, comme elle l’a fait au terme de sa vie, la petite colombe toute blanche qui est « l’image de son âme » :
"Pauvre petite colombe, elle a soif !...
Mais son aile est attachée et elle ne peut courir à la source pour s’y désaltérer…
Venez, mon Jésus ! rompez ces liens, afin que la petite colombe puisse s’envoler vers les vergers en fleur…
Venez la chercher ! Elle a les yeux fixés sur Vous.
Et, au jour et à l’heure où Vous la délivrerez, comme elle sera contente de Vous contempler !".
Comme le déclare le Seigneur lors de sa dernière apparition, Josefa est la palomita mia, la palomita amada.
L’itinéraire de sœur Josefa comporte deux grandes étapes. La première qui correspond au temps du postulat et du noviciat, s’achève le 16 juillet 1922. Durant cette période, le Christ apprend à la « victime de son amour et de sa miséricorde » à partager l’intimité de son Cœur et son œuvre de Rédempteur. La seconde étape s’étend des premiers vœux jusqu’à sa mort :
"Maintenant, déclare le Christ le 16 juillet 1922, je vais commencer mon Œuvre… ".
Tout en poursuivant sa formation intérieure, le Christ lui dicte durant cette période son message :
"Je t’enseignerai mes secrets d’Amour, Josefa, et tu seras un exemple vivant de ma Miséricorde… ".
"Je parlerai en toi, et mes Paroles iront aux âmes et ne passeront pas".
"Je t’aimerai, et les âmes découvriront mon Amour dans l’Amour que j’ai pour toi".
"Je te pardonnerai, et les âmes reconnaîtront ma Miséricorde dans le pardon dont je t’envelopperai".
Ce message s’adresse d’abord aux « âmes consacrées » par le sacerdoce et/ou les vœux de religion pour renouveler leur amour et leur collaboration à l’œuvre rédemptrice, et ensuite il est transmis au monde entier pour sauver le plus grand nombre de pécheurs. Malgré leurs différences, les deux parties du Message expriment un même dessein divin :
"J’adresse mon Appel à tous : aux âmes consacrées et à celles du monde, aux justes et aux pécheurs, aux savants et aux ignorants, à ceux qui commandent et à ceux qui obéissent… A tous. Je viens dire : … Je suis la Miséricorde et l’Amour !".
Ce message du Christ ne propose pas de nouveauté :
"Ce que je dis maintenant, ce n’est rien de nouveau. Mais de même que la flamme a besoin d’aliment pour ne pas s’éteindre, de même les âmes ont besoin d’un nouvel élan qui les fasse avancer et d’une nouvelle chaleur qui les ranime".
Afin de montrer jusqu’où va l’amour de son Cœur, le Christ dévoile le fil conducteur de sa vie rédemptrice. A chaque moment de sa vie, il répète : "C’est l’Amour qui…". Cette évocation est une belle hymne à l’Amour divin.
Ce message manifeste, une fois encore, l’amour du Cœur de Jésus mais, en plus, il insiste sur sa Miséricorde :
" Au cours des siècles, J’ai révélé, de différentes manières, mon Amour pour les hommes : Je leur ai montré combien le désir de leur salut me consume. Je leur ai fait connaître mon Cœur. Cette dévotion a été une lumière répandue sur le monde. …"
"Je veux maintenant quelque chose de plus, car si Je demande l’amour pour répondre à celui qui Me consume, ce n’est pas le seul retour que Je désire des âmes : Je désire qu’elles croient en ma Miséricorde, qu’elles attendent tout de ma bonté, qu’elles ne doutent jamais de mon Pardon".
Plusieurs passages rappellent la note spécifique du Message :
"Je veux que le monde entier sache que Je suis un Dieu d’Amour, de Pardon et de Miséricorde".
"Ah ! si l’on connaissait mon Cœur ! … Les hommes ne savent pas sa Miséricorde et sa Bonté : voilà ma plus grande douleur".
"Ce n’est pas le péché qui blesse le plus mon Cœur… Ce qui le déchire, c’est que les âmes ne viennent pas se réfugier en Moi après l’avoir commis".
"Mon Cœur n’est pas seulement un abîme d’Amour, Il est aussi un abîme de Miséricorde".
"Parmi (les âmes) qui croient à mon Amour, constate le Christ, trop peu comptent sur ma Miséricorde".
Pour diffuser le message, le Christ a besoin d’« apôtres » qui révèlent au monde son Cœur. Ce sont les « âmes consacrées » qui rempliront cette mission : elles formeront « une Ligue d’amour » « afin qu’elles enseignent et publient jusqu’aux extrémités du monde, (sa) Miséricorde et (son) Amour ».
Aux « âmes consacrées », le Christ demande, dans son dernier appel du 6 décembre 1923, trois attitudes qui sont d’ailleurs étroitement unies : la réparation, l’amour et la confiance.
Sa volonté est que "le désir et le besoin de réparer se réveillent et grandissent parmi les âmes fidèles et les Ames choisies, car le monde a péché… A elles, de réparer, par leur prière et leur pénitence, les offenses de tant et tant d’âmes " et de " consoler " ainsi le Cœur de Jésus blessé par leurs péchés.
"Je les ai choisies d’une manière spéciale, rappelle le Christ afin que vivant avec Moi de cette vie d’union, elles Me consolent et réparent pour toutes celles qui M’offensent".
La réparation qu’attend le Christ des « âmes consacrées » implique l’amour. En effet, le Christ ne considère pas l’action réparatrice de ces âmes – elle n’a pas de valeur en soi- mais il regarde l’intention, l’amour qui l’anime :
"Le plus petit acte fait par amour acquiert tant de mérite et me donne tant de consolation !...".
Mais le Christ va plus loin encore avec les « âmes consacrées » : « non seulement il se sert de leur vie ordinaire et de leurs moindres actions, mais Il veut utiliser aussi, pour le bien des âmes, leurs misères… leurs faiblesses…leurs chutes mêmes. Oui ! l’Amour transforme et divinise tout et la Miséricorde pardonne tout !".
La perfection des « âmes consacrées » consiste « à faire leurs actions communes et ordinaires en intime union avec (Lui) ». Le Christ veut « que cette union soit constante et intime comme est l’union de ceux qui s’aiment et qui vivent l’un près de l’autre… ». En effet, l’absence d’union a pour source le manque d’amour qui est la cause de toutes les résistances aux appels du Christ : "Oui, manque d’amour pour mon Cœur…excessif amour de soi".
L’union intime des « âmes consacrées » avec le Christ exige non seulement l’amour mais aussi la confiance.
"Je veux, déclare le Christ, qu’elles raniment leur foi et leur amour et qu’elles vivent de confiance et d’intimité avec Celui qu’elles aiment et qui les aime. …Peut-on parler avec une véritable intimité à Celui dont on se tient éloigné ? …à Celui en qui l’on a peu de confiance ?".
"Parmi les âmes qui Me sont consacrées, constate le Christ, il y en a peu qui aient en Moi une véritable confiance, parce qu’il y en a peu qui vivent en intime union avec Moi".
"Je demanderai, une fois de plus, qu’elles me donnent leur amour et ne doutent pas du Mien mais surtout qu’elles Me donnent la confiance et ne doutent pas de ma Miséricorde !".
Accablées par leur péché et leur fragilité, certaines « âmes consacrées » peuvent désespérer d’elles-mêmes et ne plus s’en remettre à la Miséricorde divine :
"Si (mes âmes) n’ont que misères et faiblesses, Je les désire, déclare le Christ… si même elles n’ont que fautes et péchés, Je les demande aussi. Je supplie qu’on Me les donne : Donnez-les-Moi, mais donnez-les-Moi tous et ne gardez que cette confiance en mon Cœur : Je vous pardonne, Je vous aime et Je vous sanctifierai Moi-même"
Dans le dernier message aux « âmes consacrées » du 6 décembre 1923, le Christ fait encore un appel à la confiance :
"Qu’elles revêtent leurs travaux apostoliques de prière, de pénitence et surtout de confiance, non en leurs propres efforts, mais en la Puissance et en la Bonté de mon Cœur qui les accompagne !".
Le message du Christ au monde explique, sous la forme d’une parabole, ce que Dieu dans son amour a réalisé pour les hommes et la réponse d’amour qu’Il attend d’eux . Différents types de réponses à l’amour de Dieu sont décrits. À ceux qui ne Le connaissent pas, à ceux qui, l’ayant connu, le haïssent et le persécutent, le Christ adresse une parole d’amour et se révèle à eux :
"Je suis Jésus et ce Nom signifie Sauveur. C’est pourquoi mes Mains sont blessées par les clous qui M’attachent à la croix où Je suis mort pour votre amour. Mes Pieds portent la trace des mêmes plaies et mon Cœur est ouvert par la lance qui le transperça après ma mort !".
Le Christ leur présente la vie dans une autre perspective que la leur : selon la foi, l’homme est destiné à la vie et au bonheur éternels.
"Là, vous trouverez la récompense du travail dont vous aurez porté le poids ici-bas…
Là, vous trouverez la famille que aurez tant aimée sur la terre et pour laquelle vous aurez répandu vos sueurs.
Là, vous vivrez éternellement, car la terre n’est rien qu’une ombre qui disparaît et le ciel ne passera jamais !
Là, vous vous unirez à votre Père qui est votre Dieu !
Si vous saviez quel bonheur vous attend !".
En écoutant ces paroles, certains peuvent objecter : « Pour moi, je n’ai pas la foi ! Je ne crois pas à l’autre vie ! ». « Dites-Moi, répond le Christ, si vous vivez heureux ici-bas et si vous-même ne sentez pas le besoin de quelque chose que vous ne pourrez trouver sur la terre ?". La paix dont ils ont besoin, ils la trouveront dans l’accomplissement de la Loi de Dieu qui est une « Loi d’Amour ».
Ceux qui veulent vivre heureux ici-bas et assurer en même temps leur bonheur éternel, qu’ils soient pauvres ou riches, devront se conformer à ce que le Christ demande : reconnaître leur Créateur, respecter sa Loi d’Amour, lui accorder une place dans leur vie en étant fidèles à la prière, à l’eucharistie dominicale et, en toute circonstance, à la voix de leur conscience .
L’essentiel du message du Christ au monde peut être résumé en quelques lignes :
"A tous, Je viens dire : si voulez le bonheur, Je le suis. Si vous cherchez la richesse, Je suis la Richesse infinie. Si vous désirez la paix, Je suis la Paix. Je suis la Miséricorde et l’Amour. Je veux être votre Roi !".
"Je veux être votre Roi !". La volonté du Christ est de « régner sur les âmes, sur les nations, sur le monde entier". "Pour régner, Je commencerai, dit-il, par faire Miséricorde car mon Règne est de Paix et d’Amour". Il établira son Règne « par la réparation de (ses) Âmes choisies et par une nouvelle connaissance de (sa) Bonté, de (sa) Miséricorde et de (son) Amour ». D’où cette prière exprimée avec confiance : « que se lève sur le monde le Jour du divin Roi, c’est-à-dire le Jour de (son) Règne Universel ». Même si elle est marquée par la mentalité religieuse de son époque, loin de replier le croyant sur lui-même, cette prière ouvre son cœur aux dimensions du monde que le Christ veut sauver.
Durant sa vie sœur Josefa a recueilli et gardé les Paroles du Christ pour qu’elles soient connues après sa mort, selon la volonté du Christ, « d’un point à l’autre de la terre ».
"Aucune de mes Paroles ne se perdra, a affirmé le Christ. Rien de ce que Je te dis ne s’effacera jamais", même si le démon nourrit mille projets pour faire disparaître mes Paroles… il n’y réussira pas…".
"Je veux que mon Amour soit le soleil qui éclaire et la chaleur qui réchauffe les âmes. C’est pourquoi Je désire que l’on fasse connaître mes Paroles. …Toutes seront imprimées, lues et prêchées et Je leur donnerai une grâce spéciale afin qu’elles éclairent et transforment les âmes".
Selon la promesse du Christ, ses Paroles produiront bien des fruits : beaucoup trouveront en elles « vie », « remède à leurs infirmités », salut, « source de grâce et de consolation ». "Elles exciteront le zèle de beaucoup d’autres et empêcheront la perte d’un grand nombre, et l’on connaîtra toujours davantage que la Miséricorde et l’Amour de mon Cœur sont inépuisables".
"Ne sais-tu pas ce qui arrive lorsqu’un volcan s’ouvre ? La puissance de feu est si grande qu’elle est capable d’arracher les montagnes et de les détruire, et l’on connaît qu’une force irrésistible a passé par là. Ainsi, mes Paroles auront une telle force et ma Grâce les accompagnera de telle manière, que les âmes les plus obstinées seront vaincues par l’Amour".
Durant les quatre ans de sa vie religieuse, Josefa a été novice, puis professe, dans une Congrégation vouée au Cœur du Christ. Même si le Message est marqué par la personnalité de Josefa et par l’époque à laquelle il a été donné, il est solidement enraciné dans la spiritualité de la Société du Sacré-Cœur de Jésus. Que ce soit dans les premières Constitutions rédigées par sainte Madeleine-Sophie en 1815 ou dans les nouvelles Constitutions retravaillées lors du Chapitre de 1982, nous trouvons des lignes de forces semblables à celles du Message, une inspiration identique au-delà des différences de langage et de culture.
Ainsi, s’inspirant de celles de 1815, les Constitutions de 1982 définissent la vocation des religieuses du Sacré-Cœur de Jésus en ces termes :
« Par notre charisme, nous sommes consacrées à glorifier le Cœur de Jésus : nous répondons à l’appel de découvrir et de manifester son Amour en nous laissant transformer par l’Esprit pour vivre en union et conformité au Seigneur et rayonner par notre amour et notre service la charité même de son Cœur ».
Ce qu’a vécu Josefa, est essentiellement une expérience d’amour : il lui a été donné d’être plongée dans le feu d’amour qu’est le Cœur de Jésus et elle y a vécu intensément l’union à Jésus Ressuscité. Celui-ci l’a appelée « à une rencontre personnelle avec lui », il a voulu « lui faire connaître les sentiments et les préférences de son Cœur ». Josefa a répondu librement à cette grâce et s’est laissée conduire et transformer par elle. Elle a accepté de vivre la conformité, jusqu’à la croix, avec celui qui l’aimait et qu’elle aimait. Elle a appris de lui à donner sa vie dans la douceur et l’humilité. Les Constitutions ont donné à la Congrégation un « chemin » sur lequel le Seigneur a conduit Josefa, comme chaque religieuse du Sacré-Cœur de Jésus, d’une manière unique.
Aujourd’hui, l’engagement au service du monde vécu dans la Congrégation comporte certainement une dimension plus sociale et même plus politique que l’a été celui de Josefa.
Il n’empêche que son insertion dans le monde du travail avant son entrée dans la vie religieuse, l’a certainement aidée à « contempler et sentir la réalité avec son Cœur ». A la suite de Jésus, elle a engagé et donné sa vie pour le salut des âmes, pour « le service du Royaume », comme le disent les Constitutions actuelles. Sa vie, et le Message qui y est attaché, rappellent que la construction du Royaume est d’abord l’œuvre du Christ avant d’être une œuvre humaine. Dans les Constitutions de 1982, les religieuses du Sacré-Cœur de Jésus expriment souvent cette conviction :
« Le Cœur transpercé de Jésus nous ouvre aux profondeurs de Dieu et à la détresse de l’humanité. Il nous attire dans son mouvement d’adoration du Père et d’amour pour tous spécialement les pauvres ».
« L’amour du Cœur de Jésus et le désir de le faire connaître » animent toutes nos tâches.
Pour elles, comme pour Josefa, l’expérience de l’amour personnel de Jésus est première et oriente la mission. Cette expérience est la source de l’engagement au service du monde.
L’expérience d’union et de conformité à Jésus, a conduit Josefa à connaître durant sa vie un profond bonheur qu’elle exprime ainsi quelques jours avant sa mort :
"Si l’on savait …on ne chercherait jamais rien d’autre sur la terre que de faire la volonté de Dieu. Personne ne peut se faire une idée de ce bonheur… c’est l’unique chose qui donne la paix …"
Dans le monde d’aujourd’hui, où l’homme est plus que jamais attiré par l’autonomie personnelle, le Message de Jésus à Josefa garde une actualité saisissante. Beaucoup recherchent le bonheur par eux-mêmes et pour eux-mêmes dans le confort individuel, la facilité ou la réussite sociale. La vie de Josefa et le Message qu’elle porte, affirment que le vrai bonheur, n’est pas à rechercher de ce côté : il est un fruit de l’abandon à l’amour inconditionnel de Jésus.
"Laissez-vous convaincre par la foi et vous serez grands. Laissez-vous dominer par la foi et vous serez libres … »
« Si vous saviez quel bonheur vous attend …".
Dieu fait toujours le premier pas vers l’homme. Aussi éloigné et insensible à Dieu soit-il, l’homme d’aujourd’hui est invité à découvrir et à s’abandonner à l’immense miséricorde du Cœur de Dieu qui n’est arrêté par aucune indifférence, aucun rejet. Pas de trace, dans le Message, d’un Dieu exigeant qui attendrait de nous perfection ou héroïsme pour mériter son amour.
Aujourd’hui comme hier, la seule condition requise par l’Amour est l’humilité. Le mot est difficile à accepter par nos contemporains et pourtant son sens est libérateur : l’humilité invite à reconnaître la gratuité de toute relation d’Amour ! Jésus la demande souvent à Josefa et, à travers elle, à chacun de ceux qui souhaitent accueillir son Message. Lors d’une de ses visites, sainte Madeleine-Sophie, fondatrice de la Congrégation, donne à Josefa des conseils qui expriment bien à ce sujet sa propre expérience d’intimité avec Jésus :
"Ma fille chérie … Moi aussi, j’étais petite comme toi, mais j’ai trouvé le moyen d’utiliser ma petitesse en la donnant totalement à Jésus, qui lui est grand ! Je me suis abandonnée à sa divine volonté et je n’ai cherché que la gloire de son Cœur. J’ai essayé de vivre dans la connaissance de ma petitesse et lui s’est chargé de tout…".
Le constant, et pourtant discret, rayonnement du Message montre bien que le monde d’aujourd’hui a besoin d’entendre ces paroles pleines de simplicité et de tendresse. De nombreuses personnes témoignent que le Message a été pour elles comme une brèche, une issue dans l’horizon fermé de notre culture. En invitant à l’Amour et à la rencontre de Dieu dans le quotidien, ces paroles ouvrent une perspective large et universelle au sein même de la réalité parfois bien banale :
"Rien n’est petit de ce qui est fait par amour. L’acte le plus minime, accompli par amour, acquiert tant de mérite et me donne tant de consolation. Je ne cherche que l’amour, je ne demande que l’amour…".
Jésus ne cesse de redire à Josefa la valeur rédemptrice et divine d’une simple offrande quotidienne.
Aujourd’hui encore de telles paroles donnent sens à la vie de bien des personnes, que celle-ci soit heureuse et facile ou, au contraire, marquée par la souffrance et la maladie. Unie à celle de Jésus, une vie prend sa dimension divine pour laquelle elle a été créée.
Daniel Dideberg s.j.
NB : Si vous préférez, ci-joint, le texte en pdf ...