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De sa Supérieure : Mère de Lescure

Dans la notice de Mère de Lescure qui fut Supérieure Générale de la Congrégation, nous prenons connaissance avec un intérêt particulier des notes qu’elle nous a laissées au sujet de Sr Josefa. Nous savons qu’elle a accompagné celle-ci du mois d’août 1921- lorsqu’elle fut nommée supérieure de la Communauté- jusqu’à sa mort, survenue fin décembre 1923.



SOUVENIRS

"Quand Josefa nous arriva le 4 février 1920, nul ne put se douter du trésor que le Cœur de Jésus conduisait lui-même à ses Feuillants.

Telle on la vit au début de son postulat, telle elle parut durant les quatre années qui suivirent, simple, perdue dans l’ensemble et toute à son labeur et à sa vie religieuse. Rien de mystique, ni dans son extérieur, ni dans son attitude. Sa physionomie sérieuse porta souvent l’empreinte de la souffrance mais s’éclairait toujours d’un bon et chaud sourire quand on l’abordait pour lui demander service. Ses beaux yeux noirs, si expressifs, parlaient seuls en elle, et bien à son insu.

Très intelligente et active, se mettant et réussissant à tout, Josefa avait reçu de Dieu, de vrais dons : un rare bon sens, un jugement remarquablement droit et sûr, un tact délicat et parfaitement religieux que ses Mères* purent apprécier dans leurs rapports si particuliers avec elle.

Elle avait apporté dans la vie religieuse, une âme déjà mûrie par l’abnégation et l’esprit de sacrifice, une habitude de vie intérieure profonde autant que simple, l’intelligence pratique et très surnaturelle de notre vocation et un tendre amour pour la Société**. Mais ces dons et ces grâces restèrent à ses yeux, comme à ceux de toutes, cachés sous le voile de l’obscurité et de l’humilité et, dès son arrivée, jusqu’à sa mort, Josefa passa inaperçue et effacée dans sa simplicité même.
Quand on repasse les quatre années de sa courte vie religieuse, telle qu’elle fut, sous le secret qui la garda divinement, et telle que Notre Seigneur voulut nous la faire connaître et partager de si près, il semble que l’action directe de Dieu y revête quatre aspects distincts. Ce ne sont pas des « phases » mais de puissants courants de grâces qui consommèrent la sainteté de notre chère petite Sœur, en peu de temps.

I°- C’est d’abord : l’oeuvre de son éducation religieuse et surnaturelle dont Notre-Seigneur lui-même se charge :
l’instruit, la dirige, la reprend, lui pardonne, la soutient. Sa Sainte Mère*** l’aide en ce travail. Les plus petits détails de la vie religieuse, les vicissitudes de la vie spirituelle comme ses plus profonds secrets sont éclairés par ce divin enseignement qui, sans cesse, revient au fondement de l’amour et à ses conséquences pratiques d’humilité, d’obéissance, de confiance et d’abandon. Tout cela en vue du Cœur Sacré qui ne quitte pas son horizon et dans le plus pur esprit de nos Règles.
Notre-Seigneur voulut sans doute par cette formation religieuse et intérieure de Josefa dont il fut le seul Maître, donner, en chacune de ses précieuses leçons, un trésor de grand prix à sa Société**.

II°- C’est en même temps et à travers toute la vie religieuse de Josefa : l’épreuve de l’opposition.
Lui-même se charge de mettre ce sceau divin à ses grâces. Mais il ne choisit pas pour Josefa la voie de Ste Marguerite-Marie. L’opposition, assurance des grâces divines et pierre de touche de la vraie sainteté, ne lui vint pas de ses Supérieures. Dieu est riche en moyens : elle l’eut d’abord en elle-même, dans ce culte de la vie commune, ordinaire et laborieuse, qu’elle portait à un si haut degré et qui fut pour elle, en face du chemin où la voulait Notre-Seigneur, la source de répugnances si vives et si constantes. Ses notes témoignent de cette opposition intérieure qui fut sa grande croix et qui renaît sans cesse, quand elle doit donner à Notre-Seigneur son temps de travail, rendre compte des visites divines, transmettre les célestes commissions, écrire ou simplement s’abandonner aux prédilections de son Maître, alors qu’elle ne résista jamais à tout ce que cette « voie » comportait de douleurs ! Nul ne saura combien l’humble petite sœur lutta, résista et souffrit pour se plier à cette volonté de Dieu.

Mais l’opposition lui vint surtout de l’ennemi de tout bien, opposition diabolique à laquelle Dieu se plut à laisser si grande liberté et, en face de laquelle, nos petites épreuves humaines ne sont que des ombres, nos humiliations : des peines d’enfant. Tentations, obsessions, persécutions sensibles, luttes corps à corps peut-on dire, vrai martyr dont ses membres ont emporté les marques dans la tombe : combien cela est vite dit et écrit ! Mais que d’héroïsme caché dans cette lutte de jours et nuits dont les témoins seuls n’ont pu cependant que soupçonner la violence, et où la pauvre petite défendait si chèrement le trésor de sa vocation, de sa fidélité et de son amour. Personne ne saura jamais la mesure de souffrances et d’humiliations que porta Josefa et que couvrit le silence qui la gardait.

Ce côté de sa vie restera pour beaucoup un mystère. Il expliquera cependant pourquoi Notre-Seigneur voulut pour elle, l’appui simple et constant de ses Mères* et à quel prix, il inclina si vite, les cœurs vers sa petite Victime, les âmes vers son Œuvre d’amour, tout en gardant l’enfant de sa prédilection dans l’ombre de la plus profonde humilité.

III°- Tandis que se poursuit ce travail de mort et de « feu » peut-on dire, Notre-Seigneur ouvre son Cœur à Josefa et la consume de ses ardeurs pour les âmes : “c’est l’œuvre de son Apostolat.”

Cet appel de vocation vers les âmes, Josefa semble l’avoir entendu dès l’enfance, et quel cœur apostolique elle ouvrait à toutes les intentions, de la maison, des enfants, de la Société**, de la Ste Eglise, du monde entier : tout intéressait sa prière. Mais combien l’action directe de Notre-Seigneur cultiva ce fond de zèle si riche. Dès le début de ses communications, il lui révèle sa soif des âmes. Il lui apprend ce que c’est que « sauver des âmes » et le prix qu’il faut y mettre. Un jour, il lui montre la « file interminable » de celles dont il la chargera et lui dit :
« Toutes ces âmes t’attendent ! »
Dès lors, Josefa est pour ainsi dire sans cesse en travail et en souffrance pour des âmes que son divin Maître vient lui confier.

Pour elles, il lui enseigne à utiliser sa vie ordinaire. Il lui abandonne son Sang, ses Mérites, son Cœur. Pour elles, il lui demande des prières que lui-même indique ou fait avec elle, des pénitences que, sous le contrôle de l’obéissance, elle multiplie avec une sainte audace et mépris de son corps. Pour elles, il la veut « victime » et la fait participer, d’une manière mystérieuse et sensible, aux tourments de la Passion dans son corps, son cœur et son âme, la réduisant à un état de douleur extrême : couronne d’épines, poids de la Croix, douleur vive du côté ouvert, des clous aux mains et aux pieds, brisement des os, feu qui la dévore, etc….. angoisses, amertume, désemparement, délaissement intérieur….. auxquels il faut encore ajouter, les longues expiations d’enfer multipliées à certaines époques, souffrances indicibles au prix desquelles, Josefa achètera le salut de tant d’âmes : tout se réunit en elle pour en faire une victime « unie à la Grande Victime » pour le salut du monde. A quel point Josefa comprit la soif du Cœur de Notre Seigneur et la partagea on ne peut bien le dire, sinon que sa vie s’y consuma jusqu’à la fin.

IV°- Enfin quand Il l’eut façonnée et qu’elle fut bien à Lui, (après ses Vœux, le 16 Juillet 1922) le Cœur Divin fit d’elle, “l’instrument de son Œuvre,” que lui-même voulut définir :
« Un nouvel appel de l’Amour et de la Miséricorde aux âmes ». Il voulut l’instrument, petit, faible et misérable afin, dit-il, de montrer en elle la puissance de son amour et de sa miséricorde. Instrument de ce choix divin, elle passera ses paroles aux âmes et le monde connaîtra, une fois de plus, l’effusion de cet amour. Lui-même lui dicte ses messages mais elle ne sera que « l’écho » de sa voix, et quand lui aura cessé de dicter, elle, cachée à jamais dans l’éternelle demeure de son Cœur, disparaîtra, afin que la Voix de l’Amour qui a parlé soit bien la seule entendue et lui, le seul glorifié !

Telle semble l’action de Notre-Seigneur dans la courte vie religieuse de Josefa.

Il faudrait pouvoir dire ce qu’elle-même fut sous cette action divine.

Répondant un jour à un désir qui lui avait été exprimé, Notre-Seigneur disait :
« Qu’elle ne me demande plus de signe : le signe, je le donnerai en toi ! »

Réponse divine dont quatre années de rapports intimes et constants ont affirmé la réalisation, en marquant toute la vie religieuse de notre petite Sœur, de l’empreinte surnaturelle qui ne trompe pas.

Le signe, Notre-Seigneur l’a en effet donné en elle :

I°- Dans sa simplicité d’enfant, de tout petit enfant et de ce qui en découlait d’ignorance d’elle-même, de spontanéité, de confiance et d’abandon.

II°- Dans son humilité vraie et si profonde (malgré les répugnances que Notre-Seigneur lui laissa longtemps, pour certains petits actes extérieurs d’humilité) basée sur la conviction de son rien et de sa misère et allant droit aux conséquences d’oubli et de sacrifice de soi. Humilité qui lui fit toujours redouter le chemin par où elle dut marcher, qu’elle n’accepta que par une héroïque soumission à la Volonté divine et dans lequel, l’humble défiance et confusion d’elle-même marquèrent chacun de ses pas.

III- Dans son Obéissance parfaite en tout, disent les témoignages, mais plus encore quant au contrôle de l’action divine en elle : pas une attache, pas un désir, pas un retour, une docilité qui ne laissait pas sentir l’ombre de volonté personnelle, un dégagement qui ne lui permit jamais de revenir sur les grâces reçues : Josefa, qui les notait avec tant de répugnances, ne demanda jamais de les relire. Tout était remis et abandonné à ses Mères*.

IV - Dans son amour de la Règle et de la Vie commune comme de tout ce qui tenait à sa chère vocation, amour si héroïquement prouvé à travers les assauts du démon.

V- Dans sa Charité si vraie et si tendre qui dilatait son cœur de jour en jour dans celui de Jésus et pour tout ce qu’il aimait : son Espagne, la France, patrie de son âme, sa famille tant aimée, les enfants, sa Société chérie**, ses Sœurs, ses Mères*, toutes les âmes qu’elle connaissait et ses nombreux amis de l’au-delà : rien qui lui fut indifférent. Mais elle embrassait tout avec cette tendresse large, forte et surnaturelle autant que simple et naïve qui dut ravir le Cœur de Notre-Seigneur car elle n’était en Josefa que l’épanouissement de son tendre amour pour Lui.

Le signe promis fut donc donné à ses Mères en elle, jour par jour, heure par heure, à travers tous les détails de sa vie religieuse, alors que le silence et le secret planaient sur la chère petite et que personne autour d’elle ne soupçonnait les mystères d’amour et de souffrances que cachait cette obscurité.

Mais Notre-Seigneur le donna surtout dans les épreuves si particulièrement extraordinaires qui, d’une manière intermittente mais presque continue à certaines époques, remplirent ses jours et surtout ses nuits.

Alors sa fidélité à la Règle, son amour de sa vocation, son obéissance, son esprit de devoir et son dévouement, sa soumission à la Volonté Divine, son abandon et sa force d’âme dans la souffrance montèrent à l’héroïsme. Et combien de fois, seules témoins de ces terribles assauts diaboliques, de ces nuits de lutte douloureuse ou de ces souffrances surnaturelles, dépassant nos expériences humaines, nous admirions en cette enfant si simple, si ignorante d’elle-même et si fidèle, la liberté de Dieu et la toute puissance de sa grâce, donnant à sa vertu le sceau de ce qu’un jour peut-être, s’il convient à la gloire du Cœur de Jésus, on pourra appeler : la vraie sainteté.




Inscription au verso de cette photo :
"Josefa écrivant sous la dictée de Notre-Seigneur, dans sa cellule en 1923"

En 1938, la Révérende Mère de Lescure a donné cette photographie à Mère Burguburu à Montpellier, lui certifiant qu’elle- même avait pris cette photo dans ce moment solennel.

Cette statue de Marie plusieurs fois s’est "animée" pour lui parler... Josefa l’avait couverte d’un voile blanc.

* "Mère" : ses supérieures
** "Société" : les Religieuses du Sacré-Coeur
*** "Sa Sainte Mère" : Sainte Madeleine-Sophie Barat, fondatrice de la Société du Sacré-Coeur.

Pour connaître Mère de Lescure : Mère de Lescure

 
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